dimanche 30 mars 2014

Le suicide politique des socialistes français


Le sévère échec électoral des socialistes français et la percée locale du Front national dans les municipalités où il présentait des candidats ne devraient pas constituer une surprise. Depuis des mois, la France connaît une situation a-« normale » qui présageait une sanction électorale : le président, le gouvernement et la majorité parlementaire s’entêtent à mener une politique d’autant plus impopulaire que ses résultats sont mauvais. Et ils invoquent pour s’obstiner le pouvoir que leur confèrent les institutions. De fait, celles-ci permettent à l’exécutif de négliger pendant cinq ans le sentiment de la population, tout comme il a ignoré le verdict sans appel d’un référendum sur l’Europe organisé trois ans plus tôt (lire André Bellon, « Bonapartisme ou Constituante » dans le numéro d’avril, en kiosques). Ce fonctionnement est conforme au texte de la Constitution de la Ve République, conforme aussi à des situations récentes, à une époque où la droite était au pouvoir : ce fut le cas avec M. Jacques Chirac à la popularité abyssale entre 2005 et 2007, avec M. Nicolas Sarkozy dans une situation comparable entre 2008 et 2012. Il n’en est pas moins contraire à une bonne pratique de la démocratie.

Celle-ci est également mise à mal parce que, sur plusieurs sujets importants, les engagements de la majorité socialiste ont été abandonnés au lendemain même de l’élection de François Hollande : la renégociation d’un pacte de stabilité européen, finalement entériné sans qu’une virgule en ait été modifiée ; l’arraisonnement de la finance (« Laissez-moi vous dire qui est mon véritable adversaire »...), qui ne sera pas réalisé par un gouvernement français se comportant à l’occasion comme une simple succursale du lobby bancaire ; la défense du pouvoir d’achat des salaires et des retraites, mis à mal par le relèvement rachitique du Smic et par la cascade de mesures d’austérité sociale. Sans parler de la promesse, non tenue elle aussi, d’« inverser la courbe du chômage »…

Il n’est pas étonnant que, dans ce contexte, les jacqueries se multiplient. Pas étonnant non plus qu’elles aient des traductions électorales favorables au Front national, lequel a beau jeu de railler l’existence depuis une vingtaine d’années d’un parti unique de fait, l’« UMPS », qui s’accorderait sur nombre de grands dossiers : économiques et sociaux, européens, commerciaux (lire Christian de Brie, « En avant vers le radieux parti unique ! », juin 1995). Cette situation française se retrouve dans d’autres pays européens, où  l’extrême droite est à l’offensive.

On risque d’avoir une nouvelle confirmation de ce mécontentement général lors des élections européennes de mai prochain, traditionnellement propices à l’abstention. L’emballement de la machine bruxelloise, le grignotage obstiné des souverainetés nationales, seront à coup sûr mis en accusation. Au nom de l’ouverture des frontières, les institutions européennes (Commission et Parlement) ne cessent, par exemple, de produire des textes entérinant et amplifiant le phénomène du « détachement des travailleurs », c’est-à-dire le dumping social.

Les socialistes français tireront-ils la leçon de leur sanction électorale en abandonnant le cap d’une politique qui non seulement suscite le mécontentement de la population, mais qui en plus échoue de manière spectaculaire ? Rien ne l’indique. Interrogé mardi 25 mars, Michel Sapin, ministre de l’emploi, a estimé au contraire que« l’important, c’est de ne pas lâcher l’objectif qui est de faire diminuer le déficit de la France. Ça, ça ne changera pas. »

Bien au contraire : aiguillonné par la commission de Bruxelles, le gouvernement français se prépare à annoncer 50 milliards d’euros d’économies supplémentaires. Extraordinaire et terrible paradoxe qui voit le ministre de l’emploi du gouvernement de gauche d’un pays où le chômage n’a presque jamais cessé de s’accroître depuis l’élection de François Hollande réclamer que la priorité gouvernementale demeure la baisse des dépenses publiques.


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