mardi 4 mars 2014

« La route connectée, c’est pour demain »

Frédéric Cuvillier, ministre des Transports, veut développer la mobilité du futur.

Les transports du futur seront connectés et intelligents. C’est le ministre des Transports lui-même, Frédéric Cuvillier, qui l’affirme. Il organise ce mardi à Versailles (Yvelines) une conférence nationale sur ce secteur, qui pèse 4,5 milliards d’euros en France. Selon lui, d’ici à 2016, les nouvelles technologies équiperont notamment les voitures et les routes afin de prévenir les risques d’embouteillages et d’accidents. 

En quoi consiste la conférence nationale d'aujourd'hui ? 
La France compte énormément de start-ups et de chercheurs spécialisés dans les transports intelligents, qui lancent leurs initiatives dans leur coin. Je souhaite les fédérer et impulser une dynamique publique de l’Etat dans ce domaine. Penser la mobilité de demain pour disposer bientôt de véhicules intelligents est un enjeu considérable pour la compétitivité économique et industrielle. Une compétition internationale s’est engagée et la France doit faire partie des précurseurs.

Avec les voitures intelligentes comme fer de lance ?
Je lance pour 2016 une expérimentation d’envergure concernant 3 000 véhicules intelligents sur cinq ou six sites, notamment en Ile-de-France, sur la rocade bordelaise et sur les départementales de l’Isère. Ces voitures rouleront sur plus de 2 000 kilomètres de routes connectées équipées de bornes Wi-Fi. Une généralisation peut être envisagée l’année suivante si les tests sont concluants. Ce projet, estimé à 20 millions d’euros (partagés entre l’Etat, les collectivités, les industriels et l’Europe), est le plus ambitieux en Europe. Il permettra à la France de rivaliser avec les Etats-Unis, très avancés dans ce domaine.

Comment ce dispositif fonctionnera-t-il ?
Les voitures (vendues aux particuliers volontaires ainsi que des véhicules professionnels) seront connectées à la route intelligente et reliés entre eux pour partager des informations. Si un automobiliste constate un accident, la présence d’un débris ou d’un animal errant sur la chaussée, il pourra l’indiquer sur un écran connecté fixé à son tableau de bord. Ces données seront ensuite partagées avec les autorités et les autres usagers de la route, pour limiter les risques d’accidents ou d’embouteillages.

Dans cette volonté de créer une route intelligente, verra-t-on un jour des voitures sans chauffeurs ? 
Oui, car si un conducteur n’est pas en état de prendre le volant, par fatigue ou à cause de l’alcool, le véhicule de demain devra le rappeler à l’ordre, lui interdire de conduire, voire rouler à sa place. On y viendra et cela nécessitera une nouvelle réglementation, qui pourra ensuite être copiée dans d’autres pays.

Qui participera à leur élaboration ? 
Nous signons ce mardi la création de l’institut VéDéCoM (pour véhicule décarboné communiquant et sa mobilité), qui réunira près de 300 chercheurs, industriels et administrations à Satory (Versailles). Au total, 54 millions d’euros seront consacrés par le Plan d’investissement d’avenir à cette question de l’automobile de demain, qui inclut le plan industriel sur la voiture automatique sans chauffeur, sujet auquel je travaille avec Arnaud Montebourg. 

Vous comptez aussi lancer un «calculateur national d’itinéraires»...
Il s’agira dès 2015 d’une plateforme publique sur Internet, destinée à conseiller un itinéraire d’un point A à un point B avec tous les modes de transports possibles, de la voiture personnelle à l’avion, en passant par le train et le bus, l’autopartage et le vélo en libre service. Ce calculateur national s’inspirera d’un système existant à Lyon, Optimod’Lyon, pour promouvoir l’intermodalité. J’ai demandé qu’un rapport de faisabilité me soit remis en décembre prochain.

Comment collecter cette importante quantité de données ?
Pour cela, je lance un débat national sur l’open data, afin de demander la pleine coopération de tous les opérateurs de transports publics et privés. Ce débat sera animé par Francis Jutand, du Conseil national du numérique. Ces données sont une richesse et il faut convaincre les opérateurs de les partager. 

L’intermodalité, c’est aussi le covoiturage… 
Il existe déjà des initiatives qui fonctionnent très bien, comme BlaBlaCar ou 123envoiture. L’idée serait de les encourager et d’aider les collectivités locales, en ville comme à la campagne, à développer leurs propres plateformes. Il y a une réelle attente car c’est un mode de vie pour 3 millions de personnes en France. Je vais également demander aux concessionnaires d’autoroutes d’aménager des points de rendez-vous entre covoitureurs. En parallèle, l’autopartage doit également se développer, car une voiture partagée remplace huit ou neuf véhicules personnels. Ce qui se fait à l’échelle de la métropole doit pouvoir se faire à l’échelle nationale.

Qu’en est-il des transports en commun ? 
Début 2015, à Marseille, Lille, Bordeaux, Rennes, Grenoble et Toulouse, un voyageur pourra acheter son ticket de métro, de bus ou de tramway avec son mobile et utiliser ce dernier comme titre de transport. Je veux généraliser le paiement dématérialisé avec le téléphone portable. Puisque plusieurs villes passent ce cap, il est désormais temps de passer à un système universel. 

Faut-il pour cela développer les réseaux mobiles dans les transports ? 
C’est effectivement un travail qui se fera en étroite collaboration avec Fleur Pellerin (la ministre de l'Innovation et de l'Économie numérique). Nous installons le Wifi dans 128 gares, nous avançons pour les TGV. Nous mettrons à disposition un support, les transports, et elle réfléchira avec nous à toutes les innovations à apporter.

Combien coûteront à terme l’ensemble de ces mesures ? 
L’Etat peut aider à impulser cette dynamique. Lorsque nous aurons une écotaxe qui sera entrée dans les mœurs et un budget dédié à la mobilité, nous pourrons tout à fait aider les collectivités à développer la complémentarité dans les modes de transports. C’est par ce type d’accompagnement que l’on évitera la fracture territoriale.


1 commentaire:

  1. Les bénéfices sociétaux du véhicule connecté - V2V ou même V2I - sont dérisoires comparés à ceux que peut apporter le véhicule entièrement autonome (seule véritable solution pour un autopartage massif des véhicules et la sortie du tout-automobile, le passage rapide à l'électrique, la réduction de la pollution, de la congestion, des accidents...).
    La logique d'efficacité pour la collectivité et nos budgets limités commandent donc qu'une priorité complète soit donnée aux investissements sur le véhicule AUTONOME, par rapport à ceux consacrés au véhicule connecté.
    Cela dit les projets concernant l'interface utilisateur, avant le déplacement et dans l'habitacle devraient être conservés tant les enjeux commerciaux associés sont importants.

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