mardi 17 décembre 2013

Ces innovations vont-elles doper la croissance ?


Les nouvelles technologies vont bientôt bousculer nos modes de production et de communication. Mais de là à doper la croissance...

Innovations : ils n'ont plus que ce mot à la bouche. Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, les a placées au cœur de sa stratégie de reconquête industrielle ; Anne Lauvergeon, l'ex-patronne d'Areva, plaide pour les ériger en principe constitutionnel, et Fleur Pellerin, la ministre de l'Economie numérique, en est déjà à son deuxième plan pour les défendre. Les innovations sont devenues la pierre philosophale de la sortie de crise, le seul espoir de voir la France rester debout sur le ring de l'économie mondialisée.

Pourquoi maintenant ? En cours d'élaboration ou proches de la mise au point, certaines innovations pourraient bouleverser profondément les règles de la production, de l'énergie ou encore de la communication. Adieu tristesse économique, bonjour promesse technologique grâce au big data, au cloud computing, aux smart grids, aux imprimantes 3D, aux véhicules autonomes, à la nanoélectronique, aux énergies renouvelables... A écouter les consultants, analystes et prédicateurs d'économie, la nouvelle machine à vapeur ou le néomoteur à explosion pourraient déjà avoir vu le jour sous nos yeux.

L'ampleur des créations d'emplois fait débat

Les cabinets d'études surfent allègrement sur ces perspectives. Récemment, les chercheurs de McKinsey ont estimé entre 10 000 et 25 000 milliards de dollars le gain annuel d'ici à 2015 apporté par les douze innovations les plus prometteuses du moment. Un chiffre aussi gigantesque qu'aléatoire - il est compliqué de mesurer cet impact dès lors que tout est étroitement lié -, mais qui ne manque pas de susciter des interrogations : quelle sera la réalité, derrière le fantasme ? Toutes ces innovations pourront-elles relancer la croissance et la compétitivité de nos " vieilles " économies occidentales ? Et si oui, à quel horizon ?

L'opposition entre techno sceptiques, persuadés que la révolution numérique a été plus destructrice que créatrice de richesses, et technophiles, religieux de la troisième révolution industrielle, ne doit pas forcément prendre des allures de querelle des Anciens et des Modernes. On peut plus modestement s'accorder à dire que ces innovations auront des trajectoires diverses et ne pèseront pas le même poids dans le basculement du monde.

Mais, plus prosaïquement, on peut aussi se demander si, à court ou à moyen terme, cette numérisation de l'économie, constituant un pas supplémentaire vers l'automatisation des moyens de production, générera des emplois. Même le très optimiste cabinet McKinsey l'admet : "La nature du travail va changer et des millions de personnes auront besoin de nouvelles compétences."

Au risque de creuser les inégalités entre les travailleurs expérimentés et inexpérimentés. Quant à la France, toujours si bien placée dans les classements de publications scientifiques et de R&D, sera-t-elle en mesure de capter la valeur créée par ces technologies ? Revue de détail.

L'imprimante 3D: une usine de poche à la portée des PME

Le marché de l'imprimante 3D, encore embryonnaire, va exploser.
Elles surplombent la pyramide des fantasmes, capables, selon certains, de relocaliser la production, de mettre fin à l'obsolescence programmée, ou encore de transformer tous les foyers en usines personnalisées... Si les imprimantes 3D, qui regroupent les techniques de fabrication par empilement de tranches de matière, semblent si révolutionnaires, c'est parce que, contrairement à l'usinage traditionnel, elles permettent flexibilité de la production, customisation de masse et ce, sans limite de forme.

Elles sont surtout utilisées pour le prototypage industriel, et dans les secteurs de la bijouterie, de la santé (prothèses médicales) ou de l'aéronautique. "Pour fabriquer des pièces à 150 000 exemplaires, c'est plus coûteux et plus long", estime Mathilde Berchon, auteure d'un ouvrage sur le sujet. En revanche, "l'impression 3D permettra la personnalisation d'objets à la demande, la fabrication et la réparation de pièces proches du lieu d'utilisation", ajoute Geneviève Meyer, à Capgemini.

Des produits uniques et sur mesure à profusion

Pour l'artisanat, le potentiel est gigantesque : une usine de poche dans chaque échoppe permettrait de produire en quantité réduite des pièces identiques. Dans les Alpes, l'impression 3D a permis au fabricant de chaussures Salomon de renouveler ses concepts rapidement et de développer des produits sur mesure, en créant 50 emplois.
Pour l'heure, ceux qui anticipent le boom se focalisent sur les imprimantes grand public, un marché embryonnaire (2,2 milliards de dollars en 2012) qui se démocratise, avec des machines à moins de 1 000 dollars. "A l'avenir, les smartphones pourront scanner un objet et le reproduire grâce aux imprimantes 3D", prédit Fréderic Vacher, à Dassault Systèmes, le leader mondial des logiciels 3D. Aussi excitant qu'effrayant.

Relocalisation: + +
Coûts de production: -
Place de la France: +

Les nanotechnologies: le pari fou des nanos

Dans les années 2000, l'infiniment petit était vu comme le moteur des révolutions technologiques à venir, capables de bouleverser la santé, l'énergie et l'électronique grand public. Dix ans après, les nanotechnologies (qui permettent de manipuler de la matière à l'échelle de 100 nanomètres) n'ont pas été l'eldorado annoncé. La faute aux lourds investissements en R&D et en développement.

Aux Etats-Unis, Intel, Samsung et IBM ont même créé un consortium pour mutualiser leurs efforts de recherche. Sans parler des questions sanitaires et environnementales, capables de doucher les industriels adeptes du risque zéro. Malgré ces freins, nombreux sont ceux qui prédisent un XXIe siècle nano. La France a investi plus de 1 milliard d'euros, notamment dans le pôle de compétitivité grenoblois Minalogic, et se situe au cinquième rang mondial des publications scientifiques sur le sujet.

Création de valeur pour les industriels: +
Couts de production: - -
Place de la France: + +

Le "cloud computing": ciel dégagé pour les gains de productivité

C'est la nouvelle lubie des entreprises pour augmenter leur productivité. En français, on appelle ça l'informatique en nuage, qui permet de stocker ses données et ses applications non plus sur les PC des salariés mais sur des serveurs. Pour l'heure, seuls des géants du secteur ont fourni des chiffres, souvent exorbitants, sur le potentiel de cette technologie.

Le cloud computing serait par exemple en mesure de faire économiser 163 milliards d'euros aux entreprises françaises et de créer quelque 189 000 emplois, selon EMC, l'un des leaders du secteur. Si les gains de productivité semblent bien réels - jusqu'à 30 % dans certains secteurs, comme l'e-commerce -, l'impact de cette technologie en termes d'emploi pourrait être moins favorable. Récemment, le cabinet de conseil américain Hackett Group estimait que quelque 770 000 emplois risquaient d'être supprimés en Europe entre 2002 et 2017 dans les directions informatiques en raison de la mutualisation et de l'externalisation.

Gains de productivité: + +
Emplois: -
Place de la France: -

La robotique: les robots se portent à la rescousse de l'industrie

La robotique ne détruit pas forcément des emplois. Ici, Nao, Aldebaran Robotics.
Il s'appelle Baxter, il a de gros yeux animés, des bras anormalement longs, il peut travailler six mille cinq cents heures, pour 2,50 euros l'heure... Pour le moment, ce robot de la société américaine Rethink Robotics est plus gauche et moins rapide qu'un humain mais, à terme, il est à peu près certain que son successeur sera capable d'exécuter les tâches les plus complexes. Le chômage atteint des niveaux stratosphériques et, pourtant, le gouvernement a fait de la robotique l'une de ses 34 priorités industrielles. Paradoxal ? Pas si évident.

L'automatisation, puissant levier de compétitivité

En réalité, de nombreux experts l'assurent : dans une France déjà désindustrialisée, la robotisation peut être un puissant levier de compétitivité. "L'économie développée qui ne prend pas le tournant de l'automatisation est condamnée", assure Robin Rivaton, membre du conseil scientifique de la fondation Fondapol. Et puis, comme le soutient ce spécialiste, robot ne rime pas toujours avec destruction d'emplois dans les économies développées.

Six fois plus robotisée que la France, l'industrieuse Allemagne et son abondante main-d'oeuvre peuvent en témoigner. Comme d'ailleurs la PME Georges Pernoud, spécialisée dans la fabrication de moules de pièces en plastique, qui a conservé tous ses salariés, malgré l'automatisation de sa chaîne de production. Celle-ci a permis 30 % de gains de productivité, dans un marché qui a vu la moitié de ses acteurs disparaître ces dernières années.

"La cobotique, l'assistance de l'humain par le robot pour le rendre plus productif, est en plein développement", explique Olivier Fallou, du cabinet Erdyn, spécialisé dans l'innovation. Une façon de rendre le robot plus acceptable aux yeux des humains ? En 2012, Erdyn avait estimé que la France avait le potentiel de créer quelques milliers d'emplois dans la robotique de services (assistants médicaux, etc.) dans les cinq à dix prochaines années.

Le "big data": la ruée vers la mise en valeur des données

Rendre les comportements humains et le monde en général plus prévisibles, et donc plus efficients. Voilà la grande idée du big data, l'or noir du XXIe siècle : en 2012, l'humanité a produit 2,8 zettaoctets de données numériques, soit l'équivalent de 700 milliards de DVD, qu'il est désormais possible de traiter massivement par l'informatique.
De nombreux secteurs pourraient en être bouleversés, et pas seulement le marketing : l'énergie (gaspillage), la distribution (gestion des stocks), l'assurance (détection des fraudes), les banques ou encore la santé... Les prévisionnistes anticipent même un manque de compétences en la matière.

Voilà du pain sur la planche pour les maîtres en logarithmes. D'autres s'affolent de leur remplacement par des scanners intelligents capables de synthétiser des milliers de documents à la seconde. "D'ici à 2015, les entreprises qui sauront utiliser ces technologies verront leurs résultats financiers dépasser de 20 % ceux de leur secteur. Mais cela ne concernera que 15 % des grands groupes", affirme Roxane Edjali, du cabinet Gartner.

Reste que, pour le moment, vu les investissements humains et informatiques requis, les entreprises y regardent à deux fois avant de se lancer dans l'aventure numérique du big data. Pour certains économistes, ce concept technologique serait d'ailleurs extrêmement surévalué.

"D'une certaine manière, on pourrait comparer le big data aux marchés financiers d'il y a vingt ans : le traitement de l'information ne l'a pas rendu plus efficient ni plus utile socialement", décrypte Olivier Passet, directeur de la recherche à Xerfi. Sans compter que, un jour, certaines barrières juridiques pourraient limiter la monétisation de ces données acquises gratuitement auprès du consommateur.

Nouveaux marchés: +
Retours sur investissements: -
Place de la France: -

Les énergies renouvelables: dans le vert, mais à long terme

Si l'on s'en tient aux plus récentes estimations de la Cour des comptes, le développement des énergies renouvelables en France pourrait coûter jusqu'à 84 milliards d'euros entre 2012 et 2020 (sans bouleversement fiscal ou réglementaire). Soit une hausse de 2 270 euros de la facture des 37 millions de foyers français alimentés en électricité. Ce coût astronomique continue de faire débat entre les pro et les anti, qui dénoncent l'intermittence et le faible rendement des énergies vertes.
Pourtant, de plus en plus d'économistes admettent que celles-ci, dont les coûts de production ne cessent de baisser, sont un bon moyen de lutter contre la volatilité des prix, de relocaliser l'enjeu énergétique et même, pourquoi pas, d'inverser les rapports de force en diminuant la dépendance de certains pays aux grands énergéticiens mondiaux. Coûteux à moyen terme, économique à long terme.

Investissments publics: +
Pouvoir d'achat du consommateur: - -
Place de la France: -

Le véhicule automatisé: en route pour la voiture autopilotée

Et si l'avenir de l'usine PSA d'Aulnay et de ses 3 000 employés menacés était dans le stockage de données numériques pour l'automobile ? Ce scénario d'anticipation a été récemment imaginé par Eric de Riedmatten dans son ouvrage Les 50 innovations qui vont bouleverser notre vie d'ici 2050. Il y décrit une usine futuriste totalement autonome, chargée de gérer toutes les applications indispensables pour faire tourner la voiture de demain. Celle qui saura se conduire, se garer toute seule, et même se réparer à distance. Aujourd'hui, tous les constructeurs automobiles ont dans leurs cartons un véhicule automatisé. Toyota prévoit de sortir le sien dès 2015 et Daimler, d'ici à 2020.
Mais ceux qui capteront cette nouvelle valeur sont-ils ceux que l'on croit ? Google, avec sa Google Car à 150 000 dollars, a pris de l'avance sur les acteurs traditionnels. Depuis 2012, ses voitures autopilotées circulent sur les routes du Nevada. Au point que l'on peut se demander si l'avenir de l'automobile ne se jouera pas plus dans la Silicon Valley qu'à Détroit ou... Aulnay.

Nouveaux marchés: +
Captation de la valeur par les TIC: -
Place de la France: -

Les "smart grids": des réseaux économes, dopés à la matière grise

En dopant les réseaux de capteurs communicants et de superviseurs, les smart grids cherchent à maîtriser la consommation et à favoriser la diversification énergétique. "Ce sera la vraie révolution de l'énergie : la consommation raisonnée grâce aux réseaux électriques intelligents. Sur la base de ces nouvelles infrastructures pourront ensuite se développer de nouveaux usages et services. D'où l'intérêt d'investir davantage dans les infrastructures que dans le solaire ou le photovoltaïque", estime Jean-Christophe Saunière, associé à PricewaterhouseCoopers.

De nombreux acteurs (opérateurs de réseaux, équipementiers, ingénierie logicielle ou encore producteurs de composants) s'intéressent au potentiel de ce marché. Et, une fois n'est pas coutume, la France est plutôt bien positionnée, avec de grands acteurs de l'efficacité énergétique, comme Schneider Electric, ou des spécialistes innovants, comme Voltalis... " Aujourd'hui, certains acteurs sont en mesure d'assurer une prestation non subventionnée, attestant de réelles réductions de consommation ", démontre Hervé Rannou, le fondateur d'Items International.

Des doutes sur la viabilité économique du projet Linky

Mais les différentes expérimentations Linky - compteur intelligent déployé en France d'ici à 2020 - laissent planer des doutes sur la viabilité économique de ce nouvel écosystème. Les gains de productivité réalisés par le gestionnaire du réseau, en l'occurrence ERDF, et les économies d'énergie réalisées seront-ils à même de compenser les 5 milliards d'investissements annoncés par le gouvernement ? Certaines collectivités et associations de consommateurs sont dubitatives et craignent une hausse des prix.

Économies d'énergies: + +
Pouvoir d'achat: -
Place de la France: + +


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