dimanche 31 mai 2015

Congrès du PS: "Valls a une stratégie de la terre brûlée"



INTERVIEW Rémi Lefebvre, professeur de sciences politiques, spécialiste du PS, décrypte le résultat du vote des militants sur les motions en vue du congrès de Poitiers.

"Manuel Valls a intérêt à détruire le vaisseau socialiste pour espérer le reconstruire après 2017."

Les bons résultats de la motion A mettent-t-ils un point final aux dissensions internes du PS ?

Le bon score de la motion A, celle portée par Jean-Christophe Cambadélis, n’augure pas une sortie de crise pour autant. Les frondeurs vont veiller à lui rappeler les propositions contenues dans sa motion, par ailleurs très critique à l’égard du gouvernement. Par exemple, ils vont pousser le gouvernement à lancer la fusion de l’impôt sur le revenu et de la CSG, l’une des mesures phares de la motion A, signée par les membres du gouvernement. En un mot, les frondeurs, qui se veulent les gardiens du temple du discours du Bourget de 2012 où François Hollande avait tenu des propos très à gauche, ne vont pas se taire.

Est-ce un échec pour la motion B des frondeurs ?

Le Parti socialiste est un parti de cadres où 60% de ses membres sont des élus ou des collaborateurs d’élus. Dans leur grande majorité, ces derniers qui tiennent et animent les sections locales, ont préféré parier sur l’unité du parti en soutenant la motion A plutôt que de jouer l’éclatement du PS. Cela explique en très grande partie les bons scores de la motion de Jean-Christophe Cambadélis. A l’inverse, la motion B de Christian Paul a pâti de la fuite du PS des adhérents les plus à gauche. En désaccord avec la ligne économique portée par le gouvernement, ils ont quitté le navire ou alors ils ne se sont pas déplacés.

Comment expliquer la faible participation au scrutin ?

Le véritable enseignement de ce congrès, c’est la faible participation des militants pour le vote des motions qui fixe l’orientation politique du PS. Seuls 70.000 adhérents se sont déplacés. Pour un parti de gouvernement, au pouvoir depuis deux ans et demi, c’est ridicule. Cela confère au PS une légitimité extrêmement basse. Il est vrai que la base électorale du parti a subi une forte hémorragie. Le chiffre officiel de 140.000 totalise les adhérents, qui souvent ne militent pas. Mais seulement 60.000 militants sont à jour de cotisation. Le parti socialiste n’est plus du tout en phase avec la société française. Tout comme il n’est plus en prise avec les intellectuels, les associations, les syndicats… Il est aujourd’hui recroquevillé sur lui-même et vit dans un entre-soi.

Pour le Parti Socialiste, quel a été l’impact des défaites aux différents scrutins intermédiaires (municipales, européennes, départementales) ?

Le PS est en train de se détruire. La défaite aux élections départementales va créer un délitement de l’organisation. C’est un parti d’élus locaux, basé notamment sur les maires. Et l’échec aux départementales survient après la saignée des municipales, où les socialistes avaient perdu un tiers des villes. Jamais un parti n’avait subi une telle défaite aux élections locales depuis 1945. Après les maires, qui avaient été souvent recasés dans les équipes parlementaires ou dans les cabinets ministériels, beaucoup de conseillers généraux vont se retrouver sur le carreau. Et ce sont eux, avec leurs collaborateurs, qui font vivre les sections locales du PS. Dans certains départements, le parti n’existe que parce qu’il détient le conseil général.

Ce scénario va-t-il se répéter en décembre prochain aux régionales ?

Il ne va presque plus rien rester du parti ! Les conseils régionaux emploient aussi beaucoup de cadres du PS. Et la défaite probable sera accentuée par le mode de scrutin de listes, qui permet de se présenter au deuxième tour si l’on atteint 10% des suffrages. Souvent, les candidats socialistes seront derrière ceux du Front National. Et pour respecter leur engagement à faire échec au FN, ils se retireront et n’auront donc aucun élu.

Quelle est la tactique de Manuel Valls, représentant de l'aile droite du parti, pour aborder le congrès ?

Il a une stratégie de la terre brûlée. De fait, Manuel Valls a intérêt à détruire le vaisseau socialiste pour espérer le reconstruire après 2017. Sans frondeurs et vers le centre-gauche. Il est habile. Il va enjamber le prochain congrès du PS en évitant l’affrontement. Et il attend que le parti se délite pour pouvoir mieux "l’assainir".

1 commentaire:

  1. La perspective de la réduction des inégalités, d'un socialisme de partage,de progrès, s'est exprimée lots de la primaire. Hollande avec le discors du Bourget lui a donné, pensait-on un visage, une volonté. C'est sur ce terreau qu'il faut planter l'espoir de renover le Ps. Et il y a surement des bonnes volontés à accueillir, venant de la motion A. avec 20000 B, on doit pouvoir susciter enthousiame pour une refondation. A ceux qui connaissent les noms et adresses des votants de la primaire, d'organiser du porte à porte et de l'Internet !

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