vendredi 15 août 2014

Le retour du risque de "déflation"

Par Bertrand Rothé | 6 Août 2014 |

Tout le monde avait oublié le risque de déflation. Les manuels d’économie y font rarement mention. Certains parlent de baisse générale des prix, très peu font référence à son corollaire la hausse générale de la valeur de la monnaie.

Un nouveau concept économique vient de faire son apparition dans le discours du gouvernement. Pour Manuel Valls « le risque de déflation est réelle ». Hollande remet le couvert dans le JDD : «Il y a un vrai risque déflationniste en Europe : en France, l'inflation n'a jamais été aussi basse", constate-t-il avant d'appeler l'Allemagne à agir pour la croissance  ».

Mais « déflation » qu’es aquò ? 

On connaît très bien l’inflation, son antonyme. Depuis 1983 c’est devenu la hantise, le mal absolu, le diable. En France et dans toute l’Europe les politiques ont fait feu de tous bois pour juguler l’hydre. Les Allemands nous avaient prévenu, l’inflation mène au nazisme. Les programmes de lutte se sont succédés. On y a mis les moyens. Des acquis sociaux sont passés par pertes et profits pour la cause. L’indexation des salaires sur la hausse des prix a été brulée pour tenter de la juguler. Même les Etats ont fait des concessions, ils se sont assis sur leur pouvoir de battre monnaie. Une paille ! Ils ont confié ce pouvoir à une institution indépendante, la Banque Centrale Européenne…

Tout le monde avait oublié le risque de déflation. Les manuels d’économie y font rarement mention. Certains parlent de baisse générale des prix, très peu font référence à son corollaire la hausse générale de la valeur de la monnaie.

Pourtant elle est à nos portes. Ses causes sont d’autant plus difficiles à cerner que le gouvernement crie au feu en l’attisant. 

Si François Hollande pousse l’Allemagne à soutenir la demande européenne,  c’est qu’en France il n y’a plus aucun espoir. Les trois agents nationaux sont exsangues, ils hésitent entre la crise d’anémique et l’arrêt cardiaque. Les entreprises sur lesquels compte le gouvernement, ont choisi d’investir à l’étranger, de délocaliser. On ne produit quasi plus dans l’hexagone, même Airbus produit des avions en Chine. Aujourd’hui les labos de R&D suivent.

Dans cette première phase de mondialisation les ménages et les Etats des pays développés avaient pris le relais pour soutenir la demande. Aux EU on avait même incité les indigents à acheter leur maison à crédit, avec les conséquences que l’on connaît. En 2008 une bonne vieille relance keynésienne a permis de sauver les meubles. Les banques centrales et les Etats ont soutenu les banques. Mais l’Europe a sonné la fin de la récréation. Pour éviter l’explosion de la dette la Commission force les Etats à réduire la voilure. L’effet se fait ressentir immédiatement, et comme la consommation des ménages est atone, la demande se rétracte et les prix baissent. C’est pour cela qu’Hollande fait mollement pression sur l’Allemagne.

Sauf qu’en sous-main le gouvernement accepte cette déflation ; il la souhaite même car il a fait clairement le choix de la mondialisation. Convaincu qu’il n’y a pas d’alternative, il veut concurrencer les couts de production de la Chine et de l’Inde. Il souhaite que nos artisans rivalisent avec la main d’œuvre polonaise qui travaille à Paris à 300 euros au mois toutes charges comprises. Le Medef pousse à la roue. Il faut baisser le coût du travail pour relocaliser la production et pour lutter contre le chômage. François Hollande et Manuel Valls savent très bien que le pacte de compétitivité ne sera pas suffisant. Ces baisses des charges ne sont qu’un premier pas, ils souhaitent une diminution les salaires. C’est comme cela qu’il faut comprendre la phrase de Valls « Notre politique, ce sera le pacte de responsabilité, tout le pacte et encore plus loin que le pacte »… encore plus loin, jusqu’où ? Ils testent, font lancer des ballons sondes. Pourquoi ne pas commencer par le SMIC propose Pascal Lamy ? Les sages de la rue Cambon ont envisagé un blocage des rémunérations des fonctionnaires pour quelques années. Mon œil ! Le gouvernement ne manque pas d’arguments ; les salariés Allemands ont accepté cet effort pourquoi pas les Français ? 

Mais à qui profite le crime ?

Il y a deux lectures possibles. La désinflation va profiter aux consommateurs. Nous pourrons nous acheter un peu plus de pantalons et autres jouets pour les enfants. Du côté des revenus c’est totalement différent. Comme la déflation est une hausse générale de la valeur de la monnaie, elle va profiter à ceux qui en ont. Le pouvoir d’achat des riches va augmenter, ce sont eux qui détiennent de la monnaie. Les salaires qui sont progressivement devenus un produit parmi d’autres vont baisser – le gouvernement le souhaite -. Comme par hasard ! En 2005 Waren Bufffet, une des premières fortunes du monde le disait à qui voulait bien l’entendre : « Il y a une guerre des classes, où ma classe gagne de plus en plus, alors qu'elle ne le devrait pas ». Et c’était bien avant que l’on envisage la déflation. 

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