lundi 6 juillet 2015

Alexis le grand

Par Frédéric Lutaud

Il y a encore des politiques qui ont rendez-vous avec l’histoire. Des hommes qui ne nous font pas désespérer de la classe politique, qui font mentir les cyniques, les opportunistes, les arrivistes, et portent leur mandat avec courage et sens de l’honneur. Alexis Tsipras fait la démonstration que nous ne sommes pas condamnés à être trahis par la médiocrité servile de nos dirigeants. La Grèce avait accouché d’un Papandréou qui, de reculades en démissions, accepta tous les diktats de la Troïka et plongea son pays dans les affres de l’austérité et de la misère. Aujourd’hui, la Grèce relève enfin la tête en la personne de son premier ministre et engage un véritable bras de fer avec les institutions européennes.


"Tandis que Manuel Valls a recours par deux fois au 49.3, Alexis Tsipras en appelle au référendum pour confirmer son assise démocratique. Le contraste est saisissant !"

Il ne s’agit pas ici de souscrire à la thèse de l’homme providentiel. Alexis Tsipras n’est pas un « sauveur » mais un médiateur. C’est parce qu’il est l’expression d’un peuple et qu’il n’oublie pas de s’appuyer sur lui qu’il accède à la dignité des grands personnages. Tandis que Manuel Valls a recours par deux fois au 49.3, Alexis Tsipras en appelle au référendum pour confirmer son assise démocratique. Le contraste est saisissant ! Car tout est là pour un observateur quelque peu attentif. D'un côté, une France asservie aux intérêts financiers, avec son gouvernement qui passe en force pour imposer les réformes structurelles de l’ordo-libéralisme sous couvert de « socialisme » (mini traité, baisse du « coût » du travail, cadeaux fiscaux au patronat, allongement des cotisations retraites, démolition du code du travail, austérité budgétaire…). De l’autre, un pays qui se bat pour faire respecter la promesse de ses créanciers de restructurer la dette une fois le pays revenu en excédent primaire. Tsipras le sait, il n’y a pas de salut pour la Grèce si elle ne règle pas rapidement le problème de sa dette « illégale » et « illégitime » comme l’a montré récemment un rapport parlementaire. « Nous avons fourni des arguments solides pour permettre au gouvernement grec de contester légalement le paiement de cette dette », confirme le coordinateur technique de la commission, le belge Eric Toussaint, du Comité pour l’abolition de la dette du Tiers-Monde (CADTM). Pour autant, Alexis Tsipras ne demande pas l’annulation de la dette mais sa restructuration afin que celle-ci n’étrangle pas définitivement un petit pays dont la crise n’a rien épargné à la souffrance de son peuple.

"C’était au peuple grec de décider de son destin." 

Depuis le début, la diplomatie de Tsipras est exemplaire. Le gouvernement grec n’a cessé de négocié durant 5 mois, en équilibre sur les « lignes rouges » de son programme, acceptant des concessions sur la TVA et les retraites anticipées afin d’obtenir l’indispensable restructuration de la dette. L’Eurogroupe, de son côté, n’a jamais démordu de sa politique d’austérité - ce remède qui s’avère pire que le mal - et refuse un nouveau plan d’aide permettant de couvrir ses besoins, incluant justement la restructuration la dette. Une décision remise au mois d’octobre par les technocrates de Bruxelles. Cette attitude inacceptable résonne comme un ultimatum, une fin de recevoir, une humiliation qui n’a pas pour but le recouvrement des créances mais de faire plier le gouvernement Tsipras qui a eu l’impudence d’accéder au pouvoir sur un programme de gauche anti-libéral. Ce dernier ne s’y est pas trompé, face à cette demande d’allégeance qui s’apparente à une reddition, il ne lui restait plus qu’à se tourner vers ceux qui lui ont fait confiance, autrement dit le peuple grec. C’était au peuple grec de décider de son destin. Soit il capitulait, auquel cas Tsipras démissionnait, soit il lui renouvelait sa confiance pour poursuivre les négociations avec en ligne de mire une éventuelle sortie de l’Euro. Le peuple a tranché en refusant de se soumettre. La Grèce a dit non à 60 % aux injonctions de ses créanciers.

"Quel que soit le débouché des négociations à venir, le pays de la démocratie a déjà remporté une immense victoire car la logique austéritaire est sans issue."

Aussi, c’est un Eurogroupe discrédité, anti-démocratique, inféodé aux puissances de l'argent qui apparaît maintenant à visage découvert. Le couple franco-allemand s’est illustré par une Allemagne inflexible, dépourvue de solidarité interne alors qu’elle fut la première à bénéficier de l’annulation de sa dette après la seconde guerre mondiale, et par une France démissionnaire, incapable d’apporter son soutien à la Grèce en opposant, par exemple, son droit de veto à la sortie de la Grèce de l’Euro. Alors que nos politiques disparaîtront dans les limbes de l’histoire, un homme aura incarné l’espoir de tout un peuple, mais aussi de tous les peuples européens, celui de renouer avec la souveraineté populaire, avec le projet démocratique, avec la possibilité de construire une alternative à l’Europe libérale. Quel que soit le débouché des négociations à venir, le pays de la démocratie a déjà remporté une immense victoire car rien est pire que la logique austéritaire. C'est un formidable encouragement envoyé à toute la gauche européenne, à tous les progressistes. Alexis Tsipras, qui est le premier chef de gouvernement dans l’histoire de la Grèce à avoir refusé de jurer sur la Bible et devant l'Église, est aussi le premier chef de gouvernement de l'Union à refuser de plier devant notre adversaire la finance. Enfin un politique qui sait tenir ses promesses.

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